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Editor : Th. TEULE

France

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Hervé FISCHER « Cyberprométhée. L’instinct de puissance à l’âge numérique ». VLB éditeur, 2003

Nous vivons selon un idéal technologique, un idéal de re-construction du monde par l’homme chaque jours plus puissant, du fait de ses innovations.

Le sens de cet idéal est celui de la puissance, Prométhéenne : « non plus la puissance la nature, ni la puissance de Dieu, auxquelles l’humanité s’était soumise, ni celle de l’homme individuel (héros bourgeois mais celle de l’humanité collective, fondatrice des valeurs et du sens ultime de l’univers » p.63.

« Nous ne nous représentons plus le monde d’aujourd’hui sous le signe d’une évolution naturelle mais comme un univers inventif (...) c’est l’homme lui-même, l’inventeur de la technoscience contemporaine, qui créé le cybermonde et son pouvoir instrumental. Et cet homme est lui-même dominé par son instinct de puissance qu’il veut exercer sur l’univers et sur la vie, parce qu’il faut bien appeler une sorte d’abus de pensée magique. C’est l’homme qui prétend désormais prendre le pouvoir, saisir les rênes du monde et décide d’en assumer à lui tout seul les rêves et tous les risques (...). Prométhée devient un surhomme cyberanthrope doté de pouvoirs équivalents à ceux de la magie archaïque » p. 63 (ubiquité, téléportation)


« Cyberprométhée est ainsi le héros de l’utopie technologique contemporaine ; il est le Titan, le demi-dieu de la techno-science numérique qui donne à l’humanité la puissance magique sur la vie et la nature à laquelle elle aspire depuis toujours » p.65. 

La technique est ainsi perçue comme facilitateur de confort avec ses gadgets au quotidien ; comme espoir d’un meilleur contrôle de la santé et recul de la vieillesse.


Cyberprométhée est libérateur de la condition humaine difficile (le travail, l’effort), d’une soumission aux autorités (règne de l’auto-production), de la culpabilité chrétienne (« des fils au père »). Notre idéal de vie collective est passé du renoncement à la cosmogonie religieuse, à la reconnaissance de l’illusion de l’idéologie du progrès, pour s’en tenir modestement à l’innovation technologique (le changement matériel comme sens de la vie et non plus la Raison ou la Foi).

C’est la nouvelle « cosmogonie numérique » qui repose sur la puissance des machines en réseau à traiter l’information, selon les préceptes de Norbert Wiener et sa societe cybernetique. Or, p. 69 « les machines n’ont pas de morale », l’intelligence artificielle est très différentes de l’intelligence vivante de l’homme. Dans notre quête de transcendance nous vivons dans la bipolarité réel/virtuel qui nous jette dans la croyance en la puissance libératrice de l’irréel pour survivre, échapper à notre condition. C’est là le jeu du culte de l’innovation. Innovation car nous vivons dans une « société d’innovation » et non en réseau (car il y a toujours eu de l’information dans une société ; en plus pour dire quoi ? A qui ?).


Les maîtres-mots de cette société de l’innovation :

- L’inédit, la nouveauté

- L’imagination créatrice n’est plus la folle du logis

- Recours à la « transversalité créatrice » (Cf. MORIN) : collaboration artistes/technologies/scientifiques/entrepreneurs

- Prise en compte de la créativité des populations.


Et le nouveau capitalisme est un capitalisme culturel dans une société où le savoir est premier. La richesse est maintenant incarnée par l’imagination et la créativité humaine. Le nouveau, l’innovation est le moteur de l’histoire car il réactive la création (d’ailleurs il devrait y avoir des Médias Labs comme au MIT dans le monde entier !).

Et ce qui fait avancer cette créativité c’est le délire de la volonté de puissance de l’homme. Cette puissance de la création serait même la marque du temps et de l’évolution : les sciences elles-mêmes reposent sur la création  (« nous tendons plutôt à penser aujourd’hui que la science n’observe pas mais plutôt qu’elle construit ses objets et à travers eux le futur » p. 91).

p.95 « La technoscience contemporaine vise de plus en plus ouvertement et prioritairement la puissance d’action sur le monde (...) Nous décelons aujourd’hui une inversion de l’orientation de la science devenue technoscience et qui renoue avec le même instinct de puissance que celui qui animait la magie » qui pour FISCHER « est une connaissance initiatique et une technique au service du pouvoir de l’homme sur la nature ou sur les autres hommes ».

Ainsi quant on navigue sur Internet on manipule des liens invisibles, occultes ; les installations interactives des artistes du web ont des effets spectaculaires sur les spectateurs ; les informaticiens sont les maîtres et magiciens de l’hypermonde ; l’hypermonde permet de naviguer dans des univers imaginaires . P.97 : « Le numérique favorise un retour fantastique à la pensée magique (...) accessible à tous et pas seulement à quelques chamans jaloux de leurs secrets et privilèges ».


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