JAUREGUIBERRY Francis (2003), “ Les branchés du portable”, Puf.
L’expérience du « branché » du portable est intéressante sur plusieurs points. D’abord elle se rapporte à trois grandes logiques d’action :
-
La logique utilitaire
(et stratégique) : avec son
portable il s’agit d’être efficace,
gagner du temps, être
rentable (gérer l’urgence, rentabiliser les temps
morts,
rationaliser les taches en temps réel).
- La logique critique (et de distantiation) : avec son portable il s’agit d’être autonome part rapport à toutes ces sollicitations téléphoniques ou au rythme technique du monde, voire par rapport à cette identification que suscite la dépendance forcée au portable. Notion de sujet de sa propre vie.
- La logique identitaire (et d’intégration) : être branché avec son portable c’est être disponible, relié à son réseau, pour exister économiquement et socialement, ne rien perdre des occasions et événements (surtout dans un monde en concurrence). Permet de « fixer » les autres dans le flux des rencontres, surtout en ville.
P.166
« Rapportée aux trois grandes logiques
d’action
que nous avons définies, l’expérience
du branché
apparaît comme un effort d’imagination visant
à mettre
en cohérence des aspirations de nature
hétérogène .
Le branché gère cette
hétérogénéité
par des conduites d’ajustement : zapper, filtrer et
préserver ».
- Zapper : permet d’aller rapidement d’une information à l’autre afin d’en évaluer les potentialités. Mythe du meilleur choix, à la jonction des logiques d’intégration et utilitaires. Mais problématique du « tourbillon du zappeur » : stress, culte de l’urgence, trop plein d’information qui conduit à l’impuissance d’action.
- Filtrer : instauration de filtres entre les réseaux et l’acteur. Logique de « repos du guerrier », de bulles de temps pour soi. Mais problématique de vouloir mais ne pas pouvoir filtrer par contraintes sociales, économiques ou carences techniques (difficultés à s’approprier PAL, agenda électroniques, répondeurs).
- Préserver : ici il s’agit de préserver l’autonomie, privilégier les qualités humaines dans les télécommunications. La problématique devient ici de s’enfermer dans le refus de la technique.
Massification de l’individualisme, dispersion des occupations, fragmentation des espaces, accélération du temps...Sont des caractéristiques de nos « sociétés éclatées » et, « dans la gestion de cette hétérogénéité, le portable arrive sans aucun doute à point nommé. Il permet de passer immédiatement d’une tribu à une autre, de densifier le temps, de neutraliser les déplacements, de multiplier les opportunités, de consommer les occupations » p. 11.D’un autre coté, en plus de l’adaptabilité à l’air du temps, l’individu contemporain « cherche un moyen de faire face à la fragmentation du vécu et à la dispersion identitaire qui menacent son équilibre. Dans cette quête, le portable peut faire office d’outil en donnant l’impression d’un recentrage et d’une continuation. Pour son utilisateur, il restaure en effet le lien là où la distance, l’éparpillement et l’anonymat l’ont supprimé » p.11Dans son nomadisme le branché n’est plus seul. Ouverture/recentrage, accélération du temps et gestion de l’espace, zapping et continuité sont les caractéristiques sociales du portable.
Ses usages : Il fait découvrir « l’urbanité » de certains lieux publics; La gestion de la proxémie par les branchés; Fomente des relations de pouvoir entre ceux qui ont la possibilité de se déconnecter et les autres (dominés); Le droit à la déconnexion commence à se revendiquer.
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