Le bluff technologique, Jacques ELLUL – Fiche de lecture 2

By | 1 mars 2016

En conclusion « la culture est nécessairement humaniste ou n’est pas. Humaniste en ce sens qu’elle a pour thèse centrale, pour préoccupation unique l’humain, l’expression humaine»3.

L’homme fasciné au service du complexe technico-scientifique : le bluff technologique

bluff technologique EllulOr le système technique qui s’auto-produit n’a que faire de cela et dire que l’homme le contrôle est une illusion (via l’informatique qui est un e sous-technique ; via les politiques au travers de commissions d’éthiques qui n’ont aucun pouvoir ).La technique est ambivalente : génère du progrès mais aussi des effets seconds, nuisibles, imprévus. Personne n’en contrôle plus les développements : positivement, le politique essaie d’en maîtriser le développement (égalité, progrès partagé…) ; négativement, l’économique pousse vers toujours plus d’innovations (compétitivité, coûts…). La diversité technique empêche toute réflexion ; la technique, s’autorégulant (feedback), n’a pas besoin de l’homme ; ses effets sont imprévisibles ! « La puissance du rationnel (à l’origine de la technique) est devenue rationalité de la technique »4.

Devant la toute puissance du système c’est à l’homme de s’adapter  s’il veut reprendre le dessus : par exemple en réinvestissant la vie communautaire (et non plus les grands ensembles), en réattentionnant les principes de solidarité, d’autonomie, auto-production des collectivités locales (pour échapper aux grands ensembles abstraits recouverts par le système technique), producteurs et consommateurs associés doivent pouvoir contrôler les produits…Les politiques doivent à nouveau être décisionnaires, le local réactualisé… le problème est que nous nous reposons tous – experts, politiques, grand public, économie – sur le développement sotériologique (synonyme de salut) du complexe technico-scientifique (que personne ne contrôle) jusqu’à l’absurde (avons-nous vraiment besoin de tous ces gadgets). Cette croyance en un salut est un rêve !

L’informatique

«  Ces prodiges, d’une part ne changent rien à la société actuelle – sinon l’accélérer et la fragiliser – et n’améliorent en rien véritablement le sort des individus »1 ; « l’ordinateur n’a jamais augmenté le rendement du travail administratif étant donné le nombre des informaticiens »2… « l’homme fasciné » ne fait que perdurer le système technique et cette fascination se trouve surtout chez les hommes les plus cultivés (le paysan vivant dans un environnement stable, l’ouvrier dans sa structure syndicale, résistent, savent garder leur « quant à soi » face au déferlement technique). L’intellectuel, même critique , est pris dans le système.

3 Idem, p.182

4 Idem, p.192

 

3. De l’information à la télématique

L’information

Le problème de l’information à l’ère technique et informatique c’est qu’elle n’a plus de sens. Elle est là pour être là !

Traditionnelle dans les sociétés l’information est connaissance utile pour la tribu ou le groupe qui veut se nourrir, vivre, croire, se divertir… elle est aussi principe d’organisation.

Avec l’informatique, l’information change l’homme : par la désinformation (trop d’information : on jette ce que l’on ne connaît pas) ; par la vision ponctuelle du monde (tout est accident) ; l’homme devient consommateur exclusif à cause de cet excès qui l’empêche de décider, de s’arrêter (il plonge vers toujours plus de nouveauté) ; par la confusion, la passivité, l’impuissance que génère ce flot continu.

Exemple : la télévision est le grand médium de passage d’une société de l’écrit vers une société de l’image. Les discours présentent en effet la fin de la galaxie Gutemberg comme une évidence (McLUHAN) ou l’avènement d’une société du spectacle (DEBORD). « The medium is the message » c-a-d que la TV existe pour elle-même, est elle-même message (crée, configure son propre contenu, on le verra) : une information spectaculaire, brève car sans sens (des images de violence plutôt que de paix, le bruit plutôt que le silence…), la TV crée l’événement, elle consomme de la nouveauté car la durée est ennui « et sitôt que la TV ne montre plus rien sur la question, il n’y a plus de question »3. La TV transforme le monde en petit village.

1 Idem, p.330

2 Idem, p.380

3 Idem, p.394