Le bluff technologique, Jacques ELLUL – Fiche de lecture 3

By | 2 juin 2016

Pour DEBORD « l’ensemble des médias transforme le réel vécu, la politique effective, les guerres et problèmes économiques en purs spectacles . C-a-d que nous sommes tellement fabriqués en tant que spectateurs que tout le réel est image et spectacle pour nous »(p.195)

télévision, télématique, réseaux d’information et leur ambivalence technologique

La Télévision

bluff technologique EllulLa Télévision est un écran entre nous et le réel alors que le spectateur croit que la Télévision est l’écran sur lequel se projette le réel. Le problème est donc de prendre un théâtre d’ombre pour le réel et que l’on passe beaucoup de temps devant l’écran : la déréalisation frappe l’occident  et les prophéties du village global ne se réalisent pas (avec la TV on ne communique pas tous ensemble, pas de participation ou relation entre voisins).

La conséquence de la déréalisation est qu’au quotidien, dans la rue, nous portons un regard indifférent sur les autres que nous avons trop consommés à l’écran ; un regard froid,distancié, (violence, jeu, sexe, pauvreté que l’on a déjà vus à l’écran et qui ne nous ont pas touchés) autrefois si prisé par certaines castes (mystiques, intellectuels).

« Médium is the message » signifie aussi que la Télévision configure l’information, la calibre ‘même si son utilité n’est pas la même que traditionnellement) : c’est elle qui produit notre époque par répétition incessante d’images.(pourtant personne n’intervient pour changer cela car il faut toujours améliorer le technique). La Télévision crée son propre temps dont nous dépendons (supprimez pendant 1 mois la TV et vous redécouvrez une certaine autonomie que vous pouvez passer à la création culturelle et sociale).

La télématique

« Ensemble des nouveaux services liés aux télécommunications reliées à des ordinateurs. Elle constitue un sous-ensemble de la télé-informatique, à la croisée des télécoms et de l’informatique ; mais d’une part l’information qui est véhiculée dans les réseaux n’intéresse plus uniquement les spécialistes de l’information mais n’importe qui, et d’autre part son influence est quotidienne et touche à une grande variété de sujets qui pourraient informatiser profondément les différentes couches de la société » (p. 401). L’enjeu de cette mise à disposition, de l’info traitée informatiquement, pour tout le monde ? « La télématique poursuit le chemin de l’informatique en radicalisant tout ce qui a déjà été fait. Elle synthétise la réorganisation des savoirs, bouleverse les conceptions et méthodes de travail »(p.402). La principale valeur ajoutée de la télématique est de donner l’accès à l’information à distance(sujet du livre de Jeremy RIFKIN , 2002.).

Caractéristiques de l’information des réseaux :

D’un coté, sa réduction en unité minimales pour pouvoir circuler dans les réseaux (paquetages); la condensation de sa mise en forme (condensation du contenu).De l’autre, l’exhaustivité de cette information amène le risque d’être submergé (rôle des data minings) ou déroutés (car cette info n’est pas intuitive : elle est algébrisée, rangée, classée).

Le grand problème de la télématique et des systèmes d’information (médias, réseaux) c’est qu’ils calibrent l’information à leur format (il ne s’agit donc pas de l’information telle qu’elle est dans la réalité) : « Ph. LEMOINE voit dans la crise actuelle de l’identité un des impacts culturels majeurs de l’informatisation »(p.405).

La communication des machines n’est donc pas la communication des hommes ! (par exemple, il y a abus de langage quant on évoque les communautés du Minitel : elles n’ont pas d’agrégation physique . De même, « les communautés affinitaires, vivant, travaillant dispersées dans l’espace, pourraient devenir plus réelles, plus impliquantes, pour beaucoup de leurs membres, que la communauté dans laquelle ils vivent, en se transformant peut-être en nomades électroniques, sans racines dans un lieu et un milieu humain »(p.406) ).

La publicité pour alimenter l’imaginaire techniciste

Elle est le moteur du système technique : d’une part elle compense ce que la visée technicienne a de rébarbatif et austère ; d’autre part elle sépare le spectateur de son milieu banal, quotidien, familier vers lequel un excès de techniques amerait à se replier pour se défendre.
Ses trois rôles sont :

  • traditionnel : présenter un certain modèle d’homme et la vie qu’il doit mener.
  • moderne : assurer l’insertion dans la société via l’achat d’objets
  • actuel : introduire l’homme dans l’univers technicien (partout des images, gadgets)

Après avoir été producteur/acheteur l’homme doit être consommateur dans le système technicien.

 

Conclusion : le grand dessein de ce bluff technologique

C’est celui du « désordre mondial » pour J. ELLUL2. Un triptyque peut représenter la société du futur :

  • au centre, l’homme adepte des sciences et techniques (à l’école, au travail…)
  • à droite, l’homme fasciné (par les nouveautés des sciences et techniques)
  • à gauche, l’homme divertit (par les jeux, le sport, l’image)

Le jeu, par exemple, qui cesse d’être le ciment social traditionnel pour devenir « facteur de dispersion et d’enfermement dans des solitudes captées par la fascination de l’engin (…) ces jeux sont largement culturels et éducatifs : car ils ne sont jamais que l’apprentissage de l’utilisation de l’appareil et un moyen agréable d’adapter l’homme à la société informatisée naissante »3,

« ils captent l’homme ainsi loin de la réalité, le faisant vivre dans un monde totalement falsifié »4.

2 Idem, p.478

3 Idem, p.427

4 Idem, p.428