Isabelle
PAILLIAR (dir. Avec MIEGE, CHAMBAT...) « L’espace
publics
et l’emprise de la communication », ElluG Grenoble,
1995.
« Traditionnellement l’espace public est envisagé dans sa dimension politique et son cadre national. Dans cet ouvrage il n’est pas défini seulement via la sphère du politique telle que l’envisagent le Parlement, les médias, les hommes politiques, l’opinion publique. L’entreprise, l’école, forment des sphères de l’activité sociale qui constituent des espaces publics partiels... le déplacement de l’analyse vers d’autres sphères conduit à rappeler que l’espace public est constitué de rapports de domination. Ceux-ci se posent le plus souvent en terme de conflits entre intérêts politiques et économiques contradictoires, comme le manifeste le champ entrepreneurial. Les rapports de pouvoir sont parfois moins visibles et disposent d’une forme symbolique plus diffuse (...) Le citoyen se caractérise par sa capacité à se détacher des particularisme locaux, professionnels, confessionnels. La dimension universelle exige que l’espace public ne soit pas soumis aux règles propres de chaque communauté. Par là même se pose la question de la représentation des individus et des groupes (...) La séparation espace public/espace privé répond bien à la nécessité d’établir symboliquement (et les médias contribuent à cette séparation) un clivage entre dimension universelle et dimension particulière »1.
Mais beaucoup d’éléments contemporains viennent perturber ce paisible clivage : la représentation politique des femmes par quotas par exemple, (pour les tenants d’une conception universelle des citoyens, « la parité conduit à la représentation instituée d’une communauté et ses particularismes, ce qui va à l’encontre de la tradition démocratique Française »2)... et bien sur les NTIC
Article de Erik NEVEU, « Autour de L’espace public d’HABERMAS, Payot, 1993 ».
Beaucoup de critiques ont été adressées à cet ouvrage :
« Il s’agit d’abord des critiques portant sur l’idéalisation d’un âge d’or de l’espace public. Le degré de participation volontaire à l’espace public bourgeois, l’intensité et le caractère rationnel des débats politiques sont surestimés par HABERMAS ». Certains vont même jusqu'à demander si un espace public a déjà existé (par ex : la place mineure du politique aux E.U du XVIII au XIX siècles) ou encore, désenchantent l’idée d’espace public : « le procès d’élargissement du suffrage et la moitié en puissance des entreprises politiques est liée à la politisation des consultations électorales, à la légitimation d’une offre politique liée à des programmes, à une dimension plus discursive des biens politiques » .
« La deuxième critique trouve son origine dans le refus des termes et biais de la comparaison entre temps d’institutionnalisation et un processus de dégénérescence qui condenseraient la destinée moderne de l’espace public. On a pu écrire que HABERMAS tend à juger le XVIIIe à l’aune de KANT et LOCKE, le XIX à celle de MARX et MILL, le XXe via le téléspectateur moyen de banlieue »
De plus, HABERMAS est tributaire de l’état des sciences de son temps et manifeste en plus des lacunes sur celles-ci !
« En définitive l’espace public d’HAMERMAS est devenu un modèle de pensée malgré les critiques qui n’en bouleversent pas le fondement. L’image qui s’en dégage est la suivante : l’espace public est atteint d’un processus de dégénérescence irréversible ; la participation des masses à la politique a suscité le dévoiement plébiscitaire des joutes argumentaires d’antan ; la culture de masse, spécialement TV, est une culture de pure distraction, elle sollicite la démagogie ou les pulsions, abdique de toutes dimension formatrice d’un esprit critique ; l’espace public devient le théâtre de manipulation multiformes au détriment d’un travail d’Aufklärung, de confrontation des arguments ». Le temps, les non-lectures, les raccourcis, l’intrusion de la diversité culturelle mise en relief par les médias, ont contribué à véhiculer cette vision d’un espace public, maintenant menacé par les communautarismes ou les foules individuelles. Certains se sont faits même tâche de défendre, réhabiliter l’espace public (CF Régis DEBRAY sur la décrépitude de la fonction critique dans l’espace public).
Mais
on peut trouver dans l’ouvrage d’HABERMAS des
pistes de
recherche prolifique pour la science sociale.
-
« L’un
des apports les plus considérable du livre
d’HABERMAS réside
dans l’articulation qu’il met en place entre une
analyse des
évolutions de la sociabilité familiale et
conviviale et
l’émergence de la disposition raisonnante et
critique de la
bourgeoisie. Il légitime l’étude de
l’habitat et
du loisir comme objets pertinents pour le travail scientifique (...)
son raisonnement sur un substrat
social de l’espace public
s’emploie à montrer en quoi la
sociabilité de la
famille, le loisir, le rapport aux biens culturels sont
générateurs
d’une socialisation politique, producteurs d’une
posture du
citoyen distincte de celle du sujet d’Ancien Régime ».
Ces
quelques substrats privés et sociaux de l’espace
public
peuvent être rapprochés de l’analyse du
déplacement
des frontières entre privé et public, du
processus
croisé de privatisation des personnages publics et de
pénétration dans l’espace public de
problèmes
privés (conjugalité, santé...).
Exemple, les
nouvelles formes de débats au sein de l’espace
public :
radios libres, antennes, reality shows...montrent un renouvellement
de formes dans l’espace public de l’idée
de débat.
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