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Editor : Th. TEULE

France

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Jacques ELLUL, "Le bluff technologique", Hachette, 1988

A l’ère industrielle (XVIII/XIX) a succédé l’ère technicienne (jusqu’en 1970) depuis nous assistons à une nouvelle expansion du système technique (génie génétique, informatique, laser, espace). Il doit donc être analysé.


1. Caractéristiques de la technique


L’ambivalence

Tout progrès technique à un prix à payer : d’abord, la société technicienne a demandé une planification pour être efficace, au détriment des libertés individuelles. De plus, existe une loi de croissance des problèmes avec la croissance des techniques censées en résoudre (l’innovation technique de la société industrielle du XVIIIe a crée le Prolétariat ; la problématique écologique est la pour témoigner des ravages de la technique ; la durée de vie étendue des populations comme problème). Ainsi ce ne sont pas uniquement les hommes qui font bon ou mauvais usage des techniques mais le cœur même de la technique comprend en lui les futurs effets négatifs ou positifs.


Le risque :

Des effets voulus, des effets non voulus mais prévisibles, et des effets imprévisibles :« La pensée technicienne est incapable de penser la technique. La pensée technique ne pense jamais que dans le sens des progrès techniques. Dés lors, si on constate des dysfonctionnements ou des effets négatifs de la technique, la pensée technicienne est incapable d’y apporter la moindre réponse réelle : les solutions techniques entretiennent le mal qu’elles prétendent soigner (...) la pensée technicienne est incapable de prévoir du nouveau. Il s’agit toujours de prolongements et de perfectionnements de ce qui existe »1.


L’hypothèse d’une « culture » technique

Le thème du développement inéluctable d’une « culture technique » nécessaire pour vivre dans une société de technologies est toujours mis en avant par les technologues. Le problème de cette culture est quelle se résume en accumulation de connaissances (tout connaître sur les techniques médicales, environnementales ;..). Or la culture est bien plus ! : « toute culture à ces sources dans le smythes et rites fondés par la créativité populaire »2 (la culture comme dialogue entre l’art et la nature chez BARTHES ; la culture comme sphère informationnelle/organisationnelle qui assure et maintient la complexité chez MORIN). Le support de la culture c’est l’existence du peuple (par rapport à qui sera définie l’élite).Le problème de la technique comme culture c’est qu’elle est composée d’experts ! De plus, la technique étant subordonnée à l’économique, sa culture le serait aussi (culture de l’utile et de la consommation). Enfin, si la technique est affaire de spécialistes, les décisions prises en son nom ou à son sujet sont le fait des politiques (et un fossé entre les savoirs rend difficile un langage commun). Cette culture n’est donc pas pour tous. « Une culture technicienne est essentiellement impossible »3

1 Jacques ELLUL, Le bluff technologique, Hachette, 1998, p.118

2 Idem, p.174

3 Idem, p.175


La culture technicienne, de part l’ampleur du développement technique est vécue comme le phénomène de progrès majeur et donc placé comme système et culture au-dessus de tout, tel un nouvel universel (l’informatique voudrait algébriser le monde). Ce qui aurait pour conséquence de rendre la culture en place secondaire ou obsolète (on sacrifie tout à la nouveauté) au nom d’un universel sans racine (pas de peuple mais des technocrates). Or « une culture vraie ne peut pas être universelle »1.

La question du temps est à ce sujet éclairante : il y a le temps humain et il y a le temps des machines (rapide, saccadé, compressé). Une culture se forge dan sle vécue et le quotidien, entre expérimentations et réflexions. Or la distance par rapport à la technique est absurde puisque entre temps de toujours nouvelles techniques apparaissent. Enfin, l’organisation en réseau de la technique, universel et artificiel « exclut toute origination d’une culture qui serait hors réseau »2 : car l’homme n’est rien dans les réseaux électroniques, sans lui l’information circule via les machines.

1 Idem, 178

2 Idem, p. 180




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