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VIRILIO Paul (1996), “ Cybermonde, la politique du pire ”,Textuel.


Pour lui, le réseau Internet ayant une vocation mondiale « l’accident d’Internet est aussi l’émergence d’un accident total, pour ne pas dire intégral »1. Il faut envisager la dimension totalitaire des nouvelles technologies. La vitesse est pour lui l’élément central de comparaison entre la révolution du transport au XIXe et les technologies du virtuel.


La vitesse


- est un milieu (milieu provoqué par le véhicule, ex : la cavalerie, la marine, avions...).

- nous fait vivre dans une société de course, la vitesse est inséparable du pouvoir (« le pouvoir est toujours le pouvoir de contrôler un territoire par des messages » 2).

- chronopolitique : qui dit vitesse dit aménagement d’une démocratie (les sociétés antiques avaient des vitesses relatives donc le pouvoir demandait répartition des taches, partage...dans nos sociétés hyperapides, la vitesse absolue est synonyme de pouvoir absolu, tyrannique). Car ubiquité, instantanéïté, immédiateté sont les attributs de notre vitesse aujourd’hui : les multimédias questionnent donc notre démocratie. La vitesse influe sur le politique « on est passés très insensiblement de la géopolitique (à l’âge des révolutions industrielles et des transports) à la chronopolitique »3. La cybernetique qui est la poursuite du mythe St Simonien du rapprochement entre les peuples, l’idée que le cyberespace puisse servir la démocratie paraît absurde : « il y a illusion que le rapprochement exagéré des populations ne va pas amener des conflits mais l’amour, qu’il faut aimer son lointain comme soi-même »4. Et la publicité aide à cette illusion (l’héroïsation des chemins de fer par ex)

- la vitesse « donne à voir » le monde, le configure (d’abord avec la photo et le cinéma, maintenant avec la TV et les multimédias qui « écrasent les plans rapprochés du temps et de l’espace »5). Depuis les premières techniques modernes de vision notre regard sur le monde a changé, cela a inauguré un changement perceptif chez nous tous : d’une esthétique de l’apparition (propre à la sculpture et la peinture classique - la forme émergeant du substrat) à une esthétique de la disparition (la vitesse de 25 images/secondes mises en scènes par séquences - il n’y a plus qu’une persistance rétinienne). Tout l’art moderne est résumé dans cette rupture perceptive (les impressionnistes contestant le réalisme photographique).

Aujourd’hui une limite a été atteinte, attention à l’accident : « tout ce que j’ai dit dans mes livres sur le rapport du politique et de la vitesse arrive à une limite. Désormais, on n’accélérera plus. Désormais, l’histoire aura atteint sa vitesse limite (...) nous venons de heurter le mur indépassable du temps réel »6. Nous allons donc vivre une régression.

1 P. VIRILIO, Cybermonde, la politique du pire, Textuel, 1996, p.13

2 Idem, p.15

3 Idem, p.19

4 Idem, p .21

5 Idem, p.22

6 Idem, p.52


La posture critique

Comme avec les Impressionnistes, la critique est la seule posture face à la culture technique : historiquement elle est liée au complexe militaro-politique contemporain (outil de propagande et de victoire des guerres) ; ses dégâts peuvent êtres totaux (d ela bombe atomique à la bombe informatique). Il faut donc diverger, critiquer l’avancée des techno-sciences et retrouver le trajetif : circulation, trajet, entre sujet et objet


Le trajétif

« la citoyenneté est l’organisation des trajets entre les groupes, entre les hommes, entre les secteurs etc... le trajet c’est la nature de la proximité qui relie les hommes entre eux, dans la cité »1 . Ainsi, « Le trajet est une unité de temps et de lieu, voire une absence d’unité de lieux comme avec les télécoms »2.« Toute l’histoire a été une urbanisation de l’espace réel, du bourg, de la ville (...) mais malgré Internet et les autoroutes électroniques, on ne se pose pas la question de savoir si on peut urbainiser le temps réel, si la vile virtuelle est possible

1 Idem, p. 40

2 Idem, p. 72

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