La géopolitique d’Internet de Solveig GODELUCK – Fiche de lecture 2

By | 20 mai 2014

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Historique d’Internet en tant que réseau

Il y a deux logiques d’infrastructures distinctes à sa base :

- Les télécommunications (téléphone essentiellement) monopolisées par les opérateurs nationaux ayant obligation de service universel et très réglementés.traintes de service public, service universel, cotisations aux Etats etc.).
- Internet naîtra des divers protocoles de tous les réseaux privatifs (d’entreprises ou universitaires) peu à peu et autour du Backbone (artère centrale) de la National Science Foundation (organisme public) qui créera en 1994 quatre Network Access Risk permettant aux opérateurs privés de s’interconnecter directement .

En conséquence aura lieu une concurrence effrénée de ces nouveaux entrants avec les opérateurs historiques s qui créent à leur tour des filiales pour s’interconnecter au réseau Internet, réseau qui permet de transporter fax ou voix sur IP de manière beaucoup moins chère.
C’est tout le choix politique du gouvernement américain des années 90 de ne pas taxer le commerce électronique : « les FAI sont exemptés de frais d’interconnexion avec les réseaux télécoms locaux et ne cotisent pas au fonds gouvernemental du service universel » p.88. Choix qui portera très vite ses fruits puisque c’est tout le marché mondial des télécoms qui va être investit à prix cassés par les fournisseurs d’accès Internet. « Les négociations internationales menées à l’OMC couronnent l’effort américain à ouvrir les marchés nationaux. En 1997, 70 pays acceptent le principe d’investissement sétrangers sur leur pré-carré » p.89.

Alors les américains débarquent an Europe et Asie avec leur tarifs, leur expérience du marché professionnel et le « callback », qui sera la manne financière des Etats-Unis en matière d’Internet pour des décennies.

Callback : « soit un français désirant appeler en Allemagne. Il se fait rappeler par un opérateur de callback américain qui le met en contact avec l’abonné allemand. La communication transite par les centraux de New-York et par les liaisons transatlantiques de la société américaine ».

Concrètement : le Français profite des bons prix américains ; l’opérateur historique voit ses recettes chuter ; le système international des recettes des télécoms est modifié car les Etats-Unis voient leur trafic télécom artificiellement gonflé (or la moitié des recettes des pays télécoms appelant devaient être reversées au pays appelé). En conséquence les américains décident de repenser les règles à leur avantage en 1998.

Les principes du réseau

Le « end to end »  est le principe de base du réseau Internet. Et ce réseau, par rapport aux 7 couches habituelles des réseaux télécoms, est bâti sur 3 couches :

  • Une couche pour le transport (TCP)
  • Une couche pour le réseau (IP)
  • Une couche pour toutes les applications

« En pratique la bande passante est idiote, mais les ordinateurs ou utilisateurs finaux sont intelligents car tous les logiciels se réfugient aux extrémités de l’infrastructure » p.185

Ainsi, le cœur de réseau est moins complexe donc moins coûteux à entretenir ; il est moins fiable car pas besoin de services spécifiques pour faire tourner une application ; chacun se rattache ici et là, sans plan défini (en conséquence le réseau augmentera facilement sa taille) ; grâce au protocole on peut ajouter tous les logiciels et applications du monde.

P. 186 « avec le end to end pour logique et le protocole non discriminant TCP/IP comme nature, Internet est un formidable vecteur technique, économique, social, artistique ».

Le problème est que cela déplaît aux « régulateurs » qui y voient une perte de leur influence et aux « marchands » qui y cherchent des marchés.

En conséquence « la tentation est grande d’injecter de l’intelligence au cœur du réseau » p. 187. De créer des brèches dans le principe du End to End : – Par exemple les marchands veulent commercer en paix donc sécuriser le réseau, en particulier en y ajoutant un « tiers certificateur »; le problème est que cela revient à créer un noeud de réseau ou une autre infrastructure.

- Les services ajoutés que proposent les FAI nuisent à d’autres applications car l’universalité du protocole est dégradée : « truffé de serveurs Proxy, de centres d’hébergement de données, de tronçons de voix rapides sécurisées, le réseau est déjà plus intelligent qu’il ne l’était » p.189.