La géopolitique d’Internet de Solveig GODELUCK – Fiche de lecture 3

By | 23 juillet 2014

Philosophie parfois antagoniste des réseaux de l’Internet

Surtout si l’on considère qu’aux origines d’ARPANET tous les ordinateurs étaient également des serveurs (alors que maintenant il geopolitique internet solveigfaut passer par les machines d’un FAI distant. Mais à cette époque la connexion était maintenue jour et nuit : donc problème de coût en énergie).

- Mais la tentation est grande pour les FAI d’être aussi prestataires d’autres services puisque leurs serveurs sont au plus près du « dernier km », celui de l’utilisateur (exemple : AOL), domaine privé  où « il n’est plus nécessaire d’y respecter l’universalité du protocole Internet » (Idem). Et la tentation de se rendre maître d’un domaine privé est encore plus grande quand le FAI est aussi opérateur Télécom : tentation «  de modifier les couches de cette infrastructure de communication et de décider du schéma de déploiement de la bande passante. C’est le moyen le plus sur pour garantir une qualité de service mais aussi d’établir une discrimination entre les usages, utilisateurs, contenus » p.190.

Et la course au haut débit va encore augmenter le risque périphérique car Haut débit signifie investissement dans la « boucle locale », vers l’utilisateur : tracer des routes vers lui avec l’idée fixe de « faire de cette position de réseau qu’ils auront construite ou améliorée leur domaine privé, verrouillé, fermé aux étrangers » p.196.

- C’est déjà le cas des cablo-opérateurs (interdiction chez certains réseaux de regarder de la vidéo en streaming ; limitation du volume de données d’émission – NOOS- ; impossibilité de transformer son ordinateur en serveur par prohibition dans la connexion forfaitaire ; capacité du cablo à filtrer une partie du trafic sur le réseau – en effet les paquets TCP/IP, s’ils ne discriminent pas le contenu, permettent de repérer si les paquets sont vidéo, audio) etc.

- Les opérateurs ADSL ne sont pas en reste (restriction du volume d’émission de données aux particuliers pour faire du broadcasting).

Il suscite la demande car « l’économie des réseaux ne se nourrit pas de contrôles mais de la liberté de diffuser les œuvres et idées, de l’envie de partager ses découvertes, de la créativité des nouvelles applications » p.193.

le Peer to peer comme alternative ?

Le « Peer To Peer » rétablit le principe périphérique entre les ordinateurs des utilisateurs : « il y parvient en faisant communiquer directement ces derniers, par l’intermédiaire d’un logiciel téléchargeable sur Internet – en général gratuit. Ce dernier se moque du système des noms de domaines qui oblige deux machines connectées temporairement, donc ne disposant pas d’adresse IP fixe, à passer par un serveur pour communiquer entre elles. Il renomme chacune d’elles dans son idiome propre » p.193 (Idem).

D’ou l’importance relative du système, si lucratif, des noms de domaines pour l’auteur « le système des noms de domaines sera de plus en plus ignoré par les applications à venir parce que l’Eldorado du Net se trouve dans la riche matière inexploitée des ordinateurs personnels que l’on sait à présent extraire » p.194

Ces logiciels de P2P s’appellent, en 2002, FREENET, GNUTELLA, ils se pilotent facilement : le logiciel installé sur l’ordinateur de l’internaute commence par publier la liste des fichiers que celui-ci a décidé de partager puis il lui permet de faire une recherche dans la bibliothèque de toutes les personnes connectées à cet instant.

Les applications qui menacent directement les fondements du réseau Internet

  • Les ASP

« Font profession de louer, à la durée ou au volume de données, des logiciels pour les entreprises, et à terme pour particuliers. C’est un technopouvoir d’origine marchande, par opposition au technopouvoir citoyen du P2P. Il fixe les colons dans la propriété de leurs moyens de production et création » Leur logique de haut débit est asymétrique (pas de remontée de données).

  • Le danger des brevets logiciels

Aux Etats-Unis les programmes logiciels sont brevetés depuis 1981.  L’Europe s’y met car pour elle « la numérisation déplace la valeur vers l’immatériel » (Office Européen des Brevets, 2002, cité) p. 215. En conséquences ce sont les « interventions mises en œuvre par ordinateur, apportant une contribution technique » qui sont brevetées en Europe, soit presque toutes les requêtes s’alarme l’auteur. Et les algorythmes sont aussi brevetés : IBM et MICROSOFT en ont 50 000 en 2003.

C’est donc la fin de l’indépendance.

L’Internet européen

« Prometteur est en apparence le projet européen d’un Internet mobile (…) Il s’agit maintenant de capter l’héritage du réseau en le détournant des terminaux informatiques, domaine d’excellence de la Sillicon Valley, au profit de la puissante industrie des télécoms continentale. Alors que les derniers constructeurs européens d’ordinateurs ont déclaré forfait, de Bull à Siemens, quasiment tous les opérateurs sortant ont profité d’une libéralisation des télécoms en douceur. Quant aux équipementiers, Nokia, Ericsson, Alcatel, ils figurent parmi les leaders mondiaux. Si leurs machines pouvaient remplacer celles de Microsoft, et leurs réseaux propriétaires l’infrastructure décentralisée américaine, alors l’Internet serait européen, car son architecture redessinée » (p.48) . De cette guerre dans le cyperspace pour le contrôle des outputs financiers, entre système américain et système européen que gagne réellement l’internaute-usager ?