Autour du livre : « Celui par qui le scandale arrive » de René Girard

By | 18 mars 2019

Dans cet ultime essai le sociologue présente, une dernière fois, l’efficience de sa théorie.

Bien sûr, ces quatre essais ont été publiés par René Girard pour prendre la défense de René Girard (et de la théorie mimétique), seul héros envers et contre tout et tous, Claude Lévi-Strauss en premier, et toute la bande de l’anthropologie française, les méchants structuralistes et les affreux déconstructivistes, tous mécréants et matérialistes, et même contre les dépositaires de la théologie traditionnelle et officielle.

À tel point que le titre du livre, Celui par qui le scandale arrive, qui fait référence au Christ venu briser le cercle vicieux de la violence réciproque, pourrait aussi s’appliquer à l’auteur qui signale lui-même cette connotation ironique dès le premier paragraphe de l’Avant-propos… On en vient même à se demander de quelle rivalité mimétique (lire envie ou jalousie), de quel « désir triangulaire », de quel « désir trop partagé d’un objet non partageable » il s’agit entre René Girard et Claude Lévi-Strauss pour la conquête de la belle Anthropologie, de sa vérité et de sa gloire…

Malgré ces airs de parade nuptiale, et peut-être même un peu à cause d’eux, malgré cette éternelle querelle entre croyants et infidèles, entre anciens et modernes, entre spiritualistes et matérialistes (la rivalité mimétique aiguisant les appétits, décuplant les énergies et raffinant les stratégies a peut-être ses bons côtés…), ce livre de René Girard est passionnant.

Il nous rappelle, par l’entremise d’une écriture rigoureuse et incisive, les grandes intuitions de son auteur, la courageuse originalité de sa démarche, toujours en dehors des sentiers battus, et la passion qui l’anime dans sa quête de vérité. Pourquoi l’histoire de l’humanité apparaît-elle comme une chaîne sans fin de conflits personnels, de meurtres, de guerres, de génocides inqualifiables, de violence ? Y a-t-il quelque part une explication ? Peut-on même espérer une solution ?

Publié en octobre 2001, ce livre fait figure de prophétie, moins parce qu’il appréhende l’avenir que parce qu’il se consacre au dévoilement des arcanes de l’histoire de l’humanité, ô combien répétitive et prévisible dans sa dimension tragique ! C’est ainsi que le penseur libre et antimoderniste prend sa place dans la postmodernité et nous rappelle que plus ça change, plus c’est pareil, et que le scandale de Celui qui est venu nous annoncer comment briser la fatalité violente de notre destin – en ravalant notre orgueil et en tendant l’autre joue – est toujours d’actualité.

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