Les branchés du portable, de Francis JAUREGUIBERRY – Fiche de lecture

By | 6 janvier 2009

 

Francis JAUREGUIBERRY «  Les branchés du portable », PUF, 2003 – Fiche de lecture

sociologie des portablesle sociologue F. JAUREGUIBERRY livre l’une des premières analyses du phénomène mobile chez les jeunes en 2003, faisant émerger ce qui sera son concept phare : le Soi. D’autres fiches de lectures en sociologie sont a lire ici)

L’expérience du « branché » du portable est intéressante sur plusieurs points.

Les trois grandes logiques d’action de l’usager du portable

- La logique utilitaire (et stratégique) : avec son portable il s’agit d’être efficace, gagner du temps, être rentable (gérer l’urgence, rentabiliser les temps morts, rationaliser les taches en temps réel).

- La logique critique (et de distantiation) : avec son portable il s’agit d’être autonome part rapport à toutes ces sollicitations téléphoniques ou au rythme technique du monde, voire par rapport à cette identification que suscite la dépendance forcée au portable. Notion de sujet de sa propre vie.

- La logique identitaire (et d’intégration) : être branché avec son portable c’est être disponible, relié à son réseau, pour exister économiquement et socialement, ne rien perdre des occasions et événements (surtout dans un monde en concurrence). Permet de « fixer » les autres dans le flux des rencontres, surtout en ville.

P.166 « Rapportée aux trois grandes logiques d’action que nous avons définies, l’expérience du branché apparaît comme un effort d’imagination visant à mettre en cohérence des aspirations de nature hétérogène .

les conduites d’ajustement de l’usager du portable : zapper, filtrer et préserver

Le branché gère cette hétérogénéité par des conduites d’ajustement : zapper, filtrer et préserver ».

  • Zapper : permet d’aller rapidement d’une information à l’autre afin d’en évaluer les potentialités. Mythe du meilleur choix, à la jonction des logiques d’intégration et utilitaires. Mais problématique du « tourbillon du zappeur » : stress, culte de l’urgence, trop plein d’information qui conduit à l’impuissance d’action.
  • Filtrer : instauration de filtres entre les réseaux et l’acteur. Logique de « repos du guerrier », de bulles de temps pour soi. Mais problématique de vouloir mais ne pas pouvoir filtrer par contraintes sociales, économiques ou carences techniques (difficultés à s’approprier PAL, Ipad, agenda électroniques, répondeurs).
  • Préserver : ici il s’agit de préserver l’autonomie, privilégier les qualités humaines dans les télécommunications. La problématique devient ici de s’enfermer dans le refus de la technique.

Massification de l’individualisme, dispersion des occupations, fragmentation des espaces, accélération du temps…Sont des caractéristiques de nos « sociétés éclatées » et, «  dans la gestion de cette hétérogénéité, le portable arrive sans aucun doute à point nommé. Il permet de passer immédiatement d’une tribu à une autre, de densifier le temps, de neutraliser les déplacements, de multiplier les opportunités, de consommer les occupations » p. 11.

D’un autre coté, en plus de l’adaptabilité à l’air du temps, l’individu contemporain « cherche un moyen de faire face à la fragmentation du vécu et à la dispersion identitaire qui menacent son équilibre. Dans cette quête, le portable peut faire office d’outil en donnant l’impression d’un recentrage et d’une continuation. Pour son utilisateur, il restaure en effet le lien là où la distance, l’éparpillement et l’anonymat l’ont supprimé » p.11Dans son nomadisme le branché n’est plus seul. Ouverture/recentrage, accélération du temps et gestion de l’espace, zapping et continuité sont les caractéristiques sociales du portable.

Ses usages : Il fait découvrir « l’urbanité » de certains lieux publics; La gestion de la proxémie par les branchés; Fomente des relations de pouvoir entre ceux qui ont la possibilité de se déconnecter et les autres (dominés); Le droit à la déconnexion commence à se revendiquer.