La révolte du pronetariat, de Joël de ROSNAY – Fiche de lecture

By | 14 juillet 2013

Joël de ROSNAY  « La révolte du pronetariat », Fayard, 2006

revolte pronetariat RosnayAujourd’hui avec Internet on est passé du « média de masse » au « média des masses ».

L’économie mondiale a changé de régime, le capitalisme classique assimilé à la société de l’énergie reposait sur les économies d’échelle de produits diffusés sur les différents marchés. Le capitalisme de la société de l’information repose sur le fait que la reproduction de contenus (numériques) se fait à un coût marginal et la diffusion est mondiale et instantanée.

La création de contenus fait de plus en plus appel à des processus collectif en réseaux, non pyramidaux.

« On voit donc apparaître une nouvelle forme de lutte des classes entre ceux qui détiennent les moyens de production et de diffusion des informations et ceux qui, jusqu’alors considérées comme spectateurs, lecteurs ou usagers passifs prennent une part croissante aux processus planétaire de création et de distribution d’information » p.11

Stratification de la société de l’information

ROSNAY distingue :

  • Les infocapitalistes : détenteurs des moyens de création, production, diffusion, de l’information dite « propriétaire ». Ce sont les mass média classiques
  • Les Pronétaires ou le Pronétariat : nouvelle classe d’usagers des réseaux numériques capables de produire, diffuser, vendre des informations « non propriétaires » en s’appuyant sur les principes de la nouvelles économie. Ce sont des « professionnels amateurs », ils ont les mêmes outils que les propriétaires et peuvent se connecter à n’importe quel moment, de n’importe où.
  • Les médias des masses : ce sont les nouveaux modes, massifs et distribués, d’expression des Pronétaires.

« Cette production massive et collaborative d’information numérique par le pronétariat représente une révolution aussi importante que celle du début de l’ère industrielle symbolisée par la machine à vapeur et l’automatisation intensive » p.13.

Les causes de l’émergence du Pronétariat

Parce que la rencontre des nouvelles technologies de la culture Internet avec les aspirations d’une partie de la société appelle à des formes d’organisation plus participatives ;

Parce qu’existe un besoin participatif aux sources positives (dues à l’augmentation de la culture générale) et négatives (crise de la démocratie participative) ;

Et une défiance des lecteurs/utilisateurs envers les mass média traditionnels : depuis 30 ans la presse, la TV, un peu moins la radio, ont perdu la confiance des gens car ils sont concentrés dans les mains de quelques uns et véhiculent un problème de collusion d’intérêts. C’est le « media system » qui repose sur la concentration des médias, la propriété des contenus, la confiance indiscutable dans les sources officielles. Un système tenu par les info-capitalistes qui génère des profits en produits dérivés et influence l’opinion.

D’autres raisons peuvent être invoquées pour expliquer la chute des mass médias : le succès des journaux gratuits ; l’explosion d’Internet via la création d’information par les internautes eux-mêmes (qui assument leur partialité/subjectivité  sur les blogs face à l’hypocrite impartialité d’une certaine presse; l’explosion de toutes les formes de multimédia et de l’info-mobile.

L’Internet selon Joël de ROSNAY

Internet n’est pas un nouveau média car il résulte de la convergence du monde de l’informatique, des réseaux et de différentes techniques d’accès.

Mais il est un « écosystème informationnel » : «  dans la mesure ou les noeuds et les liens du réseau sont interdépendants, ou ce qui bénéficie à l’ensemble bénéficie à chacun de ses noeuds et ou le progrès de chacun des noeuds profite à l’ensemble, Internet possède bien les caractéristiques d’un écosystème (…) Un écosystème évolutif dans lequel les êtres vivants s’échangent en permanence non seulement de la monnaie, comme dans l’économie classique, mais surtout de l’information » p.32.

C’est surtout son potentiel relationnel social qui en fait la force (donc le Net n’est pas une NTIC comme veulent le croire les ingénieurs-réseau). Car ce sont les utilisateurs qui sont à la base de nombre de ses usages : P2P, messagerie, navigateurs. C’est la valeur d’usage (et non de profit) qui prévaut chez les pronétaires.

Les propriétés particulières d’Internet

. L’interconnectivité : on passe d’un site à l’autre alors qu’auparavant les institutions jouaient ce rôle. Poussé à l’extrême, comme dans le cas des blogs qui animent et font partir par fils RSS des centaines de liens , se développe une véritable complexité de réseaux ressemblant aux neurones d’un cerveau : « qu’on le veuille ou non le Net est en train de se constituer à la manière d’un cerveau, avec ses synapses, ses interconnexions, ses dentrites… » p.35

. Le multimédia : avec la fusion numérique de tous les supports, tous les types de contenus sont possibles. Après les règnes de l’imprimerie, de la TV, aujourd’hui dans « l’infomobilité », chacun peut capter, produire et distribuer de l’information. « L’infomobilité offre des possibilités nouvelles. Les infonautes sont libres d’aller chercher de l’information dans différentes sphères du cyberspace, puis de la transmettre ou non à quelqu’un d’autre » (Idem).