L’espace public, article de Pierre CHAMBAT 1995 – Note de lecture

L’espace public, article de Pierre CHAMBAT in L’espace public et l’emprise de la communication, (.dir PAILLIAR), ElluG Grenoble, 1995

espace-public-internetLes différentes conceptions de l’espace public

Pour l’école de Chicago, l’espace public désigne « un milieu de simple observabilité réciproque. Il est un lieu où des signes et indices sont mis à disposition de ses occupants pour déchiffrer leurs états internes et faire leurs attributions réciproques ».

Pour Louis QUERE, il désigne « la constitution d’une intersubjectivité pratique, de la reconnaissance réciproque comme sujets, de la liaison des personnes et de l’enchaînement de leurs actions dans la coopération sociale ». Il y a alors communication et socialisation. L’intention est à l’origine (et non la manifestation extérieure d’une pensée).

Pour WOLTON et les politiques, il désigne « l’ensemble des scènes, plus ou moins institutionnalisées, où sont exposées, justifiées et décidées un ensemble d’action concertées et orientées politiquement. Tournée vers la participation à la délibération collective, l’action en commun y est régie par les modalités de l’agencement entre espace social et espace politique et donc par les formes de la communication politique ».

Pour Luc FERRY, il y a distinction entre l’espace public grec antique et l’espace public bourgeois des Lumières.

Analyse de la notion d’espace public

– Elle est ambivalente, « érigée en médiatrice entre la société civile et l’Etat, entre la sociabilité et la citoyenneté, entre le privé et le public, les moeurs et la politique » :

L ‘interrogation sur la médiation technique (via les NTIC) dans cet espace « concerne généralement l’étendue, la signification et les effets d’une substitution de l’espace immatériel des réseaux au rassemblement dans des lieux publics » (CF Luc FERRY pour qui les TIC dans cet espace présenteraient les traits « d’une communication politique médiatisée de vaste ampleur, mais qui ne passerait plus par la représentation »

Le point de vue libéral a du mal à bien définir le privé.

Le juridique estime qu’est public ce qui relève d’une institution publique.

En définitive, par rapport au modèle Grec, il séparation des 2 notions (public/privé) voire fluctuation.

– Il y a difficulté à définir la représentation de la société attachée à la notion d’espace public : « le problème touche ici à la délimitation du collectif concerné car elle est potentiellement conflictuelle avec l’ouverture ou l’accessibilité de l’espace public : jusqu’où doit aller cette accessibilité sans risquer de vider l’espace public de toute consistance ? »
D’abord, la frontière (interieur/exterieur, un/nous) permet de sérier les personnes concernées, habilitées à intervenir dans l’espace public.

Ensuite, la nature du lien qui unit ces personnes concernées en un ensemble (ex : opposition communauté/monde commun) : « dans l’espace public bourgeois au XVIIIe, l’usage public de la maison comporte une visée universelle : ce sont les caractères de généralité que Rousseau utilise pour qualifier la loi comme expression de la volonté générale d’une communauté humaine. Mais en même temps, la réalité du process de formation des démocraties révèle un enracinement dans une nation (…) ce processus conciste en une universalisation des droits politiques dans une société d’égaux et en 1er lieu du droit au suffrage, mais l’irruption des masses dans la politique est en même temps à l’origine d’une transformation du modèle initial à travers l’émergence des médias de masse »

– Difficulté liée au rôle de la communication. Le principe argumentatif étant à la base de la constitution d’un espace public, il faut tenir compte des dispositifs matériels qui constituent leur principe de publicité.

Ex : coprésence et oralité chez les Grecs (la parole comme technologie intellectuelle)

Ex : au XVIIIe c’est l’usage public de la raison (comme communication) via l’écrit et l’imprimerie qui en facilite la circulation

« l’analyse de la constitution de l’espace public exige donc d’associer la question de la médiation technique à une sociologie des pratiques de communication”

Les Technologies d’Information et Communication

Elles Ont double dimension de technique et de communication

« la prise en compte de la médiation technique dans la constitution des espaces publics conduit donc à écarter les schémas dualistes – les TIC amplifiant les travers dénoncés à propos des médias – / ou au contraire – elles réunissent la société civile par la possibilité d’accéder à tout, et à tout un chacun, n’importe quand, grâce aux réseaux, ce qui renforce dialogue et initiative (CF MINC/NORA). Plus que sur la substitution des TIC aux médias classiques, il convient de mettre l’accent sur leur articulation dans des process de montée en généralité et en visibilité des groupes et individus (entre la cynique télé-réalité et la véritable démocratie populaire) : la diversification des scènes publiques nécessite de reconsidérer les ressources et les stratégies qui sont utilisées dans la constitution des identités collectives et la formulation des problèmes publics (…) Les TIC, se révèlent moins antagonistes des médias qu’elles n’accompagnent la recomposition des fonctions de l’espace public (…) l’espace public (aujourd’hui) apparaît moins structuré par une logique de rassemblement et de recherche de consensus d’une communauté nationale que par celle d’une vie relationnelle chaotique d’énoncés à la recherche de publics potentiels susceptibles de s’y reconnaître »

Si les TIC amènent éclatement, l’espace public est lui aussi déjà bien éclaté !

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