Bernard Stiegler et La révolution numérique

Comme d’habitude, Stiegler (“Prendre soin“) est très bon et très convainquant dans le constat et l’analyse d’une réalité désastreuse. On dirait presque du Paul Virilio.

En revanche, les solutions envisagées tombent complètement à plat, et, pire, semblent être à rebours de l’exposé qui précède. On nous dit le numérique est devenu une catastrophe, piloté par des géants dictatoriaux. Pour y remédier, et sauver l’Europe, il faudrait renforcer l’éducation numérique, donc encore et toujours plus de numérique, y préparer très tôt les enfants, former des ingénieurs, développeurs, codeurs etc. Ceci afin de construire un nouveau modèle du savoir, désintéressé et délivré de la « calculabilité ». Stiegler n’a qu’ à s’ associer avec Xavier Niel !

Mais la technologie numérique est intrinsèquement liée à un processus de calculabilité. C’est dans son essence même. Il est donc illusoire de croire qu’il pourrait en être autrement. Son hyper-développement est de même totalement inscrit dans le système capitaliste. Là encore, penser qu’on pourrait imaginer un numérique qui s’affranchisse du capitalisme me paraît illusoire.

Ce n’est pas le méchant Google ou le vilain Amazone le problème ! Ce n’est pas Google en soi qui est responsable de l’addiction. Mais la force d’un mécanisme impersonnel incroyablement puissant qu’on ne sait plus contrôler.

Une solution bien plus radicale serait de s’affranchir de l’informatisation généralisée et du numérique à tout prix, à la façon des mouvements croissant de « déconnexion ».