La machine Internet, Michel BERA et Eric MECHOULAN

“La machine Internet”, Michel BERA et Eric MECHOULAN, Odile Jacob, 1999 – note de lecture

Pour commercer un cycle qui nous amènera à remettre en mémoire ou faire découvrir à certains des ouvrages et analyses ayant porté sur la problématique “Internet” depuis 15 ans, voici un regard déjà un  peu désabusé car bien renseigné, que certains portaient, à la jonction du conflit technophobes/technophiles qui sévissait à l’époque. Nous sommes en 1999…

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Avec Internet se prépare une atomisation des sociétés, pour le meilleur et le pire : avec lui on reste dans l’ère des masses, celui d’une civilisation de l’écrit concurrencé par l’image, dans une société de l’information volatile et inutile; mais cette modernité est mise au service de sociétés aux morales moyennageuses. En effet dans les esprits “moutons” (les auteurs distinguent 3 groupes sociaux sur Internet : les moutons, les prédateurs… ), Internet se fond dans les ordinateurs avec pour idée que la machine est au service de l’homme.

Cependant on n’assiste ni à “la fin de l’histoire”, ni à la mort du politique ni à la dissolution de l’éthique dans la technique (par exemple, au moyen de l’abêtissement dans le jeu vidéo) : “nos hypothèses laissent entrevoir une société de consommateurs d’informations fidélisés à leurs portails, à l’esprit d’autant plus rétrécit par l’Internet qu’il répond de mieux en mieux à leurs attentes” (p.307, opus cité).

Internet est une machine qui transforme tout par le nouveau rôle de l’information : augmentation de la fléxibilité, meilleure organisation de l’activité personnelle, possession commune… C’est un nouveau capitalisme issu du “traitement des résultats fournis par les classifieurs, cette nouvelle plus value fournie par la masse des connectés. Elle sera encore plus infailliblement prélevée lorsque nous aurons mis l’infosphère au service du monde matériel après avoir longtemps fait l’inverse” (idem)

Le risque est de faire d’Internet et de sa perpétuelle innovation, un enjeu spirituel, une dépendance morale, une adoration de la machine capable de prodiges : “le véritable enjeu de civilisation qui se profile au crépuscule du 2e millénaire n’est pas le contenu culturel de l’Internet, sa soumission ou non à une américanisation des contenus, la qualité de ses prestations, mais l’accès à l’infosphère, en particulier aux données à caractère privé qu’elle contient précisément parce qu’elle sait tout” (p.259)

Les “greniers de données” : “croyant créer de la culture, les utilisateurs consomment de l’Internet; croyant consommer dans l’immédiateté, ils créent des données pour l’éternité dans les mémoires des machines, (des bots et des chercheurs) ” (p.256).
Pour les auteurs, les grands groupes détenant l’accès aux données sont les “seigneurs” de cette humanité en réseau : sur le Net se sont des empires qui se constituent en ce moment !
Par exemple, les membres des communautés virtueles ne sont confidentiels et protégés en rien, puisque leurs moindres actions et transactions informationnelles sont pistées par les compagnies qui assurent les connexions (et peuvent les revendre).

Techniquement, seule la puissance publique est aujourd’hui capable, si elle s’en donne les moyens, par le contrôle des stations relais de bande passante au sol avec lesquelles les opéateurs de satellites doivent compter, de stopper cette croissance des greniers de données sur Internet.

Mais le piège d”Internet est qu’il se meut avantageusement dans les idéaux multiculturalistes, pseudo-humanistes, car son utopie est la plus ouverte de l’histoire : elle n’exclue rien ni personne; son clergé n’éduque pas mais maintien le troupeau connecté car tous les problèmes ne sont que des problèmes de communication !

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