Le Googling à l’intersection individu-Internet

By | 26 octobre 2009

Le Googling à l’intersection individu/Internet – Philippe DUMAS et Daphné DUVERNAY 2009
Cette assertion est sans doute en passe de devenir un programme de recherche en France selon l’excellente présentation qu’en font ses auteurs (Ph. DUMAS et D. DUVERNAY, Chercheurs en SIC, Université de Toulon) dans le récent ouvrage collectif intitulé « L’entonnoir : Google sous la loupe des chercheurs en science de l’information et de la communication » (C&F 2009).

C’est en tous les cas une nouvelle entrée de chercheurs SHS dans la problématique « Google » (après l’approche documentaire-critique, l’approche critique-idéologique, etc.) et très intéressante car la plus directement sociologique pour l’instant : ici est étudiée la remarquable articulation entre un outil moteur / un individu en état de recherche / une méga machine Internet.

En effet DUMAS et DUVERNAY considèrent que le « Googling » est la conjonction :

  • d’un individu hypermoderne qui est « d’abord celui qui a connu dès le berceau l’Internet et les autres technologies grand public de l’information communication – la TV, téléphone mobile, appareil photo numérique (…), il est autonome, réactif, zappeur, autocentré. Il est ambiguë et n’entre pas dans les catégories de la sociopsychologie de la génération précédente » (p.177, op. Cit.).

  • D’Internet, objet impensé : car « il a complètement échappé à ses concepteurs », Internet est devenu une « mega machine » (p.178)

  • du moteur de recherche de google: « la rencontre de l’individu hypermoderne (le surfeur) avec le dispositif impensé (l’internet) a donné naissance au googling, c’est-à-dire l’usage de moteur de recherche » (idem). Google et ses excroissances, Google et sa R&D mondiale en temps réel qui exploite à fond « ce que le courant sociotechnique (LATOUR, SCARDIGLI) a mis en exergue : cette ingénierie de projets innovants qui révèle des réseaux sociaux tout à la fois usagers et concepteurs » (p.179 )

Cette logique en continu de « technologisation de la communication » que met en œuvre ce « Googling » (au quotidien) va pouvoir être étudiée au plus près, nous disent les chercheurs dans leur article, via de multiples études de terrains (bien que, toutes ses données, Google les garde soigneusement pour lui).


On a donc là une très bonne nouvelle entrée sur la problématique « Google ».

L’article est en plus très riche sur ses bases théoriques concernant le processus « googling » (références aux logiques de l’imaginaire technique selon P. FLICHY et celle de la traduction selon LATOUR).

* quelques (menus) réserves : « Internet a échappé à ses concepteurs » (quels concepteurs ?), l’hypermodernité est vue selon un prisme très réduit (loin de la perspective brossée par François ASCHER), et la « méga machine » fait aussi penser à LATOUCHE.